Des empreintes vieilles de 358 millions d’années révèlent une nouvelle espèce
Une page majeure de l’histoire de la vie marine vient d’être décryptée dans le désert marocain. Ce mercredi 17 juin 2026, la revue scientifique Acta Palaeontologica Polonica a publié les résultats d’une étude menée par des chercheurs marocains et suisses dans l’Anti-Atlas oriental. Grâce à l’analyse minutieuse de plus de 60 dalles de grès collectées entre 2018 et 2025 dans la région de Taouz, l’équipe a réussi à reconstituer le comportement collectif, les stratégies de chasse et l’environnement d’un écosystème marin vieux de 358 millions d’années.
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Les scientifiques décrivent une espèce unique
La valeur scientifique de cette découverte repose sur l’identification d’une anomalie morphologique jamais observée auparavant. Les paléontologues ont baptisé cette nouvelle trace fossile Rusophycus antiatlasensis, en hommage à la région d’origine de la découverte. Mesurant la taille d’une grosse olive, ces empreintes de repos se distinguent de toutes les autres par un petit tunnel central cylindrique et lisse. Les chercheurs estiment qu’il s’agit de la marque directe du tube digestif de l’animal, imprimée dans la vase au moment où celui-ci s’est immobilisé.
Les trilobites adoptent un comportement collectif
L’analyse d’une dalle spécifique bouleverse les connaissances sur la sociabilité de ces arthropodes disparus. Les chercheurs y ont découvert onze empreintes de repos strictement parallèles, orientées dans la même direction et se chevauchant légèrement. Cet alignement parfait prouve que ces animaux se déplaçaient et s’enfouissaient en groupe, repoussant de 120 millions d’années la plus jeune occurrence mondiale connue de comportement grégaire chez les trilobites. Ce regroupement tactique s’explique soit par une migration de reproduction, soit par une concentration ciblée de nourriture.
Les empreintes racontent une chasse active
La roche a figé de véritables séquences de prédation et de survie. Plusieurs dalles montrent des pistes de pas régulières qui s’interrompent brusquement pour laisser place à une empreinte d’enfouissement, avant de reprendre leur cours. Cette alternance met en évidence une stratégie de chasse à l’affût, où le trilobite se cachait dans le sédiment pour surprendre des vers ou des bivalves, ou pour échapper à la menace des poissons cartilagineux dont les traces de nage survolent le site.
Le manque d’oxygène préserve les fossiles
Le timing de cette fossilisation exceptionnelle coïncide avec les prémices d’une extinction de masse. Ces animaux évoluaient à la fin de la période du Dévonien, quelques millions d’années seulement avant une crise biologique majeure qui allait décimer la biodiversité marine. Paradoxalement, c’est l’approche de cette catastrophe qui a permis de préserver les pistes de pas. Les chutes répétées du taux d’oxygène dans les eaux profondes ont paralysé les organismes fouisseurs de l’époque, empêchant la destruction naturelle des traces et figeant ces scènes pour l’éternité.



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