Sebta et les TICS : La mutation migratoire de la jeunesse marocaine analysée
Dans une récente tribune, le chercheur Mohammed Chahbi met en lumière une mutation sociologique profonde au Maroc. Alors qu’internet et les réseaux sociaux servaient autrefois de leviers pour la contestation politique et la démocratie participative, ils sont aujourd’hui détournés par la jeunesse pour organiser une fuite massive vers l’Europe, notamment à travers les enclaves de Sebta et Melilla. Une véritable transition d’une « contre-démocratie » numérique vers une « contre-géographie » migratoire.
Du bouclier civique à la migration connectée
Durant la décennie écoulée, marquée par des mouvements sociaux d’envergure, le numérique a agi comme un catalyseur d’expression citoyenne, permettant aux voix marginalisées de interpeller les institutions publiques. Cependant, face au durcissement de l’espace numérique et à l’impasse politique ressentie par une partie de la jeunesse, un basculement anthropologique s’est opéré :
Détournement des luttes : Les outils digitaux (hashtags, mobilisations en ligne) ont déserté le terrain des réformes sociales pour s’orienter vers l’organisation de l’exil.
Le passage à l’invisible : Les espaces publics de discussion ont cédé la place à des groupes cryptés sur WhatsApp et Telegram, où l’on partage en temps réel les informations logistiques pour franchir les frontières.
Les nouveaux influenceurs : Sur TikTok et Instagram, des passeurs d’opinion normalisent le risque et partagent des « tutoriels de survie », transformant le projet migratoire (la Harga) en une démarche collective et technologiquement assistée.
L’urgence d’un nouveau regard socio-anthropologique
Pour l’auteur, les grilles de lecture purement économiques ou sécuritaires s’avèrent désormais insuffisantes pour appréhender l’ampleur de ces flux migratoires au nord du pays. Il devient impératif de documenter la « culture numérique du départ » pour comprendre comment les algorithmes façonnent l’imaginaire des jeunes et structurent des réseaux de solidarité transfrontaliers.
Ce paradoxe tragique illustre une réalité amère : dotée d’outils technologiques puissants, la jeunesse marocaine utilise paradoxalement ce génie numérique non plus pour réformer la cité, mais pour la quitter.



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