Stocks d’hydrocarbures : le Maroc bloqué à 30 jours depuis 15 ans
Une loi jamais respectée. Un objectif jamais atteint
Depuis 2009 et l’adoption de la stratégie énergétique nationale, le Maroc fixe à 60 jours le seuil légal de stocks de sécurité pour les produits pétroliers raffinés. Quinze ans, deux lois et plusieurs crises plus tard, le Royaume n’a jamais dépassé les 30 jours de réserves. Un constat qui inquiète, surtout dans le contexte de la guerre au Moyen-Orient.
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30 jours : la réalité des stocks nationaux
Leila Benali, ministre de la Transition énergétique, le confirme le 5 mars 2026 sur 2M. Le Maroc dispose de stocks couvrant environ 30 jours de consommation pour la majorité des produits pétroliers.
Ce niveau peut dépasser 60 jours pour certains produits si l’on inclut les cargaisons en transit dans les ports. Mais hors cargaisons, le stock effectif reste autour de 30 jours. Soit exactement la moitié du seuil réglementaire. Les capacités de stockage s’élèvent à 2,2 millions de m³ pour les produits pétroliers liquides et 799 000 m³ pour le GPL. Neuf fois sur dix, ces capacités se concentrent dans les ports.
Pourquoi le Maroc n’atteint pas les 60 jours
L’écart entre l’objectif légal et la réalité résulte d’une accumulation de facteurs structurels. Depuis la libéralisation du secteur en 2015, l’État ne gère plus directement les stocks. Ce sont les distributeurs privés qui en ont la charge. Or, constituer 60 jours de stock immobilise d’importantes sommes de trésorerie. La plupart des opérateurs préfèrent travailler en flux tendu.
En 2023, le gouvernement annonce un programme d’investissement de 3 milliards de dirhams pour augmenter les capacités de stockage de 550 000 tonnes. En 2026, l’avancement de ce programme reste flou. Le ministère n’a plus publié de données sur les hydrocarbures depuis 2021.
La guerre au Moyen-Orient relance le débat
Le conflit au Moyen-Orient aggrave le problème. Le détroit d’Ormuz, la mer Rouge et le canal de Suez subissent des tensions majeures depuis fin février 2026.
Le Maroc s’approvisionne principalement auprès des pays du Golfe et d’Amérique du Nord. Les routes maritimes habituelles se perturbent. Les délais de livraison s’allongent. Le risque de rupture d’approvisionnement augmente. Des files d’attente commencent à apparaître dans certaines stations-service du nord du Royaume. Le gouvernement appelle les acteurs économiques à la responsabilité et au patriotisme pour éviter toute spéculation.
Un défi de souveraineté énergétique
La question des stocks dépasse le simple enjeu logistique. C’est une question de souveraineté. Un pays sans stocks stratégiques suffisants reste vulnérable à tout choc géopolitique ou climatique. Le Maroc mise sur les énergies renouvelables pour réduire sa dépendance aux hydrocarbures à long terme. Mais à court terme, le pétrole reste indispensable.
Les experts plaident pour une réforme du cadre légal. Ils réclament des sanctions réelles pour les distributeurs qui ne respectent pas l’obligation de stockage. Et surtout, une transparence accrue sur les données réelles de stocks, aujourd’hui opaques pour le grand public.



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