Démographie : L’INED révèle l’effondrement historique de la fécondité au Maghreb
Une étude de l’Institut National d’Études Démographiques (INED), publiée en mai 2026 dans la revue Population & Sociétés, révèle un basculement historique majeur : l’Algérie, le Maroc et la Tunisie, qui comptaient parmi les pays les plus fécondes de la planète il y a cinquante ans, s’installent désormais durablement sous ou très loin sous le seuil de remplacement des générations.
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Alors qu’une femme maghrébine donnait naissance à une moyenne de 7 à 8 enfants dans les années 1970, la transition démographique de la région s’est imposée comme l’une des plus rapides jamais enregistrées à l’échelle mondiale.
Des niveaux de fécondité historiquement bas
La chute des indices synthétiques de fécondité (ISF) au sein des trois nations converge vers une même destination, bien que les chiffres diffèrent :
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La Tunisie (très basse fécondité) : Pionnière en la matière, elle affiche un ISF de 1,58 enfant par femme en 2023. Les projections des autrices de l’étude (Zahia Ouadah-Bedidi, Ibtihel Bouchoucha et Soumaya Abdellatif) estiment qu’elle atteindrait 1,53 en 2024, un niveau désormais comparable à celui de l’Italie ou de l’Espagne.
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Le Maroc (très basse fécondité) : En 2024, le Royaume est passé pour la première fois sous le seuil de remplacement (établi à 2,1) pour atteindre son plus bas niveau historique à 1,97 enfant par femme.
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L’Algérie (basse fécondité) : Après un rebond notable au milieu des années 2010 (plus de 3 enfants par femme), la courbe s’est inversée et amorce une baisse continue depuis 2017.
Trois pays, trois moteurs démographiques distincts
L’analyse de l’INED met en exergue des réalités et des comportements sociologiques profondément différents d’un État à l’autre :
1. L’Algérie et l’effet de la nuptialité
Le profil algérien est le plus irrégulier. Le rebond des naissances constaté entre 2000 et 2014 découle directement d’un boom des mariages (le taux brut de nuptialité bondissant de 5,8 à plus de 10‰) lié à l’arrivée à l’âge adulte des générations nombreuses nées dans les années 1980 et à une amélioration du contexte économique. Cette dynamique s’est essoufflée à partir de 2017.
2. La Tunisie et le report du mariage
En Tunisie, qui a franchi le seuil de remplacement dès 1999, la chute accélérée s’explique en grande partie par le célibat prolongé et le report du mariage. Entre 2014 et 2024, la proportion de femmes célibataires a bondi de 8 points chez les 25-29 ans, de 13 points chez les 30-34 ans et de 11 points chez les 35-39 ans.
3. Le Maroc et le paradoxe de la contraception
Le Maroc présente une baisse linéaire sans aucun rebond depuis les années 1990. La baisse de la fécondité s’y opère de manière singulière puisque l’âge moyen au premier mariage des femmes a paradoxalement reculé (passant de 26,3 à 24,6 ans entre 2004 et 2024). Le véritable moteur de la baisse marocaine repose sur l’explosion de la contraception : la prévalence contraceptive chez les femmes mariées de 15-49 ans est passée de 40% à 70% entre les années 1990 et 2020, avec 58% de recours aux méthodes modernes en 2018.
Mutations sociétales et défi du vieillissement
Cette réalité démographique s’accompagne d’une transformation profonde des structures familiales et sociales :
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L’accès à l’éducation supérieure : Les femmes sont désormais majoritaires parmi les étudiants du supérieur (près de 60% des 25-34 ans en Tunisie).
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Le dilemme vie pro / vie familiale : L’insertion professionnelle chute drastiquement après 30 ans en raison de la charge parentale au Maroc (24% d’activité chez les 35-44 ans) et en Algérie (25,9% chez les 40-44 ans). La Tunisie se détache avec un taux d’activité féminin qui se maintient au-dessus de 50% jusqu’à 44 ans.
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Le vieillissement de la population : La modification de la pyramide des âges est inévitable. En Tunisie, la part des 60 ans et plus a grimpé de 8% à 17% entre 1997 et 2024. Ce vieillissement atteint 13,8% au Maroc (2024) et 10,5% en Algérie (2023), mais est appelé à s’accélérer.
L’alerte de l’INED : À terme, la diminution du solde naturel fera baisser la croissance démographique globale. Contrairement aux pays européens (France, Allemagne), les pays du Maghreb affichent historiquement un solde migratoire négatif et ne disposent d’aucun filet de sécurité ou flux d’immigration compensateur pour amortir ce choc.



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