Carnet noir : Le grand peintre marocain Saâd Hassani est mort à 77 ans
La scène culturelle marocaine vient de perdre l’un de ses plus illustres ambassadeurs. L’artiste peintre Saâd Hassani est décédé ce mardi 9 juin 2026 à son domicile de Casablanca, à l’âge de 77 ans, des suites d’une longue maladie. Créateur secret, pudique mais profondément influent, il laisse derrière lui un héritage pictural magistral qui aura durablement façonné l’histoire de l’art contemporain et de la modernité artistique au Maroc.
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L’empreinte d’un autodidacte affranchi et précoce
Né en 1948, Saâd Hassani s’est distingué par un parcours singulier et totalement libre. Artiste autodidacte, il a su s’émanciper des dogmes académiques des Beaux-Arts pour forger sa propre identité visuelle, tout en nouant des liens étroits avec les figures incontournables de la célèbre École de Casablanca. Sa précocité stupéfie la critique dès ses débuts : il organise sa toute première exposition personnelle à seulement 18 ans. Nourri par l’art brut, l’expressionnisme abstrait et ses voyages formateurs à travers l’Europe, il s’impose dès les années 1970 comme un acteur majeur des galeries nationales et internationales.
Une œuvre unique entre matière, silhouettes spectrales et silence
Le style de Saâd Hassani demeure immédiatement reconnaissable par sa manière de sculpter et de griffer la toile. Refusant de se limiter à la simple application de la peinture, il superposait les pigments, les colles et les techniques mixtes pour donner vie à des textures denses et charnelles. Ses tableaux, oscillant constamment entre l’abstraction pure et une figuration évanescente, sont hantés par des silhouettes hiératiques et des motifs d’oiseaux émergeant de fonds monochromes (blancs cassés, gris sourds, noirs profonds). Cet univers mélancolique et mystique répondait à sa propre philosophie de la création : « peindre, c’est une façon de se taire et de laisser la toile parler ».
Un passeur culturel au rayonnement international
Au-delà de son atelier, Saâd Hassani était un intellectuel engagé, unificateur de la scène artistique, qui aimait faire dialoguer les jeunes plasticiens, les écrivains et les poètes. Fervent défenseur de la structuration du marché de l’art national et du statut de l’artiste, il a signé plusieurs commandes publiques d’envergure, à l’image de sa fresque monumentale de 220 m² conçue pour l’Exposition universelle de Lisbonne en 1998.
Aujourd’hui, ses œuvres enrichissent les plus grandes collections privées et publiques de la planète, notamment les cimaises du Musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain de Rabat, scellant à jamais sa place parmi les grands maîtres de la peinture marocaine.



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